Prolongation de Doel 1 et 2: les contradictions des discours

Dans le duel qui oppose Marie-Christine Marghem (MR) au tandem Groen/Ecolo, de nombreux arguments ont été avancés par les deux parties, parfois contradictoires. Les parlementaires de la commission Economie se retrouvés ce mardi pour de nouveaux échanges sur la prolongation décennale des réacteurs nucléaires de Doel 1 et 2.

La majorité espèrait voter le texte ce mardi soir, quitte à y aller « au finish ». Mais le tandem Groen/Ecolo est venu jouer les trouble-fêtes. Si l’opposition s’est montrée particulièrement critique sur le projet de loi porté par la ministre tournaisienne Marie-Christine Marghem (MR), c’est en effet la paire Jean-Marc Nollet (Ecolo) et Kristof Calvo (Groen) qui a monopolisé le temps de parole.

Une ministre parfois approximative
Et Jean-Marc Nollet ne quitte décidément plus la libérale vu qu’il était encore présent ce dimanche sur les plateaux de la RTBF et de RTL pour un « duel atomique » face à la ministre. Certaines contradictions sont d’ailleurs apparues dans les discours. L’occasion pour nous de passer leurs propos à la moulinette et de voir qui a dit vrai.

1. Sur la durée de vie des centrales
« Ces centrales (Doel 1 et Doel 2) sont périmées. Elles ont été prévues pour une durée de vie de 40 ans », affirme Jean-Marc Nollet. « C’est faux », rétorque la ministre. Les deux arguments se défendent. Avant que la loi de sortie du nucléaire de 2003 ne soit votée, la date butoir de 40 ans n’apparaissait pas dans les textes de loi belges.

Mais les 40 ans avancés par Nollet ne sont pas tout à fait saugrenus pour autant. Dans une note stratégique de 2009 de l’Agence de contrôle nucléaire (AFCN), il est clairement stipulé que « lors de la conception d’une centrale nucléaire, une durée d’exploitation de 30 à 40 ans est généralement envisagée. Cette durée a servi de repère pour la conception d’une série de composants ».

2. Sur la détection de microfissures
Aujourd’hui, deux réacteurs nucléaires sont à l’arrêt (Doel 3 et Tihange 2) pour cause de microfissuration. Le même phénomène pourrait-il avoir lieu à Doel 1 et 2 ? « Une détection s’est faite au moment où l’on a découvert les fissures à Doel 3 et Tihange 2. Donc on a scanné toutes les centrales et on a vu qu’il n’y avait pas de problème dans les autres centrales », affirme la ministre Marghem. Nollet réfute. Et il a raison. Ces tests n’ont pas été effectués sur Doel 1 et 2, ni sur Doel 4 d’ailleurs. Ces réacteurs « seront tous inspectés entre septembre et décembre 2015 », soulignait le ministre de l’Intérieur Jan Jambon le 19 mars dernier en commission.

3. Sur l’évolution des fissures dans le couvercle
« Les fissures dans le couvercle de Doel 1 et 2 ont été découvertes il y a plus de 20 ans et ont été surveillées par l’AFCN sans jamais évoluer », déclarait la ministre, en réponse aux inquiétudes de Jean-Marc Nollet sur les questions de sécurité nucléaire. C’est, ici aussi, partiellement inexact. Si les dires de la ministre se vérifient pour le réacteur de Doel 2, ce n’est pas le cas pour Doel 1. Là, il y a eu « propagation de la fissure » et une intervention a été nécessaire, soulignait en mars 2015 Eric Van Walle, directeur du centre d’études nucléaires lors de son audition à la Chambre.

4. Sur les centrales relancées par Electrabel
« Electrabel a décidé de faire revenir 341 MW de centrales à gaz dans le circuit », se réjouit la ministre. C’est presque ça. Le chiffre de 341 MW est en tout cas exact. Mais il ne s’agit pas que de centrales au gaz. Sur les six unités de retour sur le marché, il y a quatre turbo-jets, qui carburent au kérosène, la centrale des Awirs 4, qui fonctionne partiellement aux pellets, et donc une seule véritable centrale au gaz.

5. Sur le charbon allemand
Quand Jean-Marc Nollet cite l’Allemagne comme exemple, car elle développe le renouvelable et sort du nucléaire, la ministre lui rétorque qu’on y fait « plein de charbon ». Ici, tout est question d’interprétation. Le charbon et le lignite sont à l’origine de près de la moitié de la production d’électricité en Allemagne. Mais, contrairement à certaines idées reçues, la part lignite/charbon est plutôt en train de se réduire. Alors que ces combustibles généraient 305 TWh d’électricité en 2003, ils en représentent aujourd’hui 265 selon German Energy Union. Et, s’il est vrai que la production de charbon est repartie à la hausse entre 2009 et 2013, la courbe s’est inversée en 2014.

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>